053 MINERVE

​​​​​​​  Site. Bruxelles
  Date. 2019
  Objet. Rénovation et transformation de deux appartements en 1/3 + 2/3
HABITER LE STOCK !
Où habiter aujourd’hui tenant compte de la rareté des territoires et des ressources terrestres ? ​​​​​​​​​​​​​​
UNITÉ
Description. Rénovation/transformation de deux appartements identiques en deux appartements de contenances différentes (2 x 1/2 --> 2/3 + 1/3, cf. dessin 01). Tirant parti de la situation existante, le projet consiste en trois opérations majeures ; (1) constituer une nouvelle répartition, (2) faire émerger la matérialité du bâtiment, (3) ornementer les espaces servants. 
Économie. Plutôt que de considérer les unités individuellement, le projet tire parti de la complémentarité de deux unités différentes nouvellement constituées. Elles fonctionnent ensemble. En fonction des nécessités spatiales et/ou des moyens financiers, l’appartement 01 ou 02 peut, à l’envi, être mis en location pour suppléer aux importantes charges de l’immeuble dans lequel il se situe. 
Pérennité. L’unité générique constituée de deux chambres rend difficile une installation sur le long terme (évolution du bureau, enfants, accueil, etc.), ce que permet la complémentarité produite, en fonction des nécessités, des moyens financiers, des âges de la vie, de l’évolution familiale et professionnelle. Il est possible d’occuper la grande, la petite ou les deux parties (cf. illustration 02). 
Continuité. L’aménagement et l’intervention (cf. illustration 05) induisent une promenade traversante offrant une vue généreuse sur Bruxelles.
Matérialité. Une énergie importante a été mise en œuvre pour retrouver l’expression du squelette de l’édifice que les convenances encouragent à dissimuler sous le plâtre (cf. illustration 03). 
Ornement. Les matériaux ainsi délivrés s’expriment. Les défauts, les traces de manutentions, etc. sont considérés comme l’expression d’un ordre échappant à la raison humaine. Ils sont, au même titre que la nature dont ils sont extraits, la possibilité d’un excentrement vertueux. À l’instar d’un memento mori, ces (im)perfections sont l’expression de notre finitude et de notre incomplétude constitutive. Le sol des espaces servants est quant à lui orné de carreaux de ciment artisanaux. 
Recyclage. En dehors des sols mentionnés ci-avant, l’ajout de matière est minimal. Dans cet esprit, les meubles de cuisine métalliques originels (1957) trouvent aujourd’hui leur place dans le salon.
COMMUNS
​​​​​​​Potentiel. Souvent critiqué pour sa rupture avec la ville traditionnelle, le canon moderniste possède de nombreuses qualités. Ainsi le potentiel relationnel (Ledent) du rez et ses abords est très important même s’il demande aujourd’hui à être redéveloppé. 
Partage. La densité importante du bâtiment (380 unités de logement) permet d’envisager un certain nombre d’activités, de lieux et de matériels mutualisables. Ce point aussi mériterait d’être développé.
Diversité. La diversité des logements est relativement faible, l’intervention l’enrichit de deux nouveaux types.  
Coût. La vie collective trouve une expression dans ces grandes structures héritées des modernes. Elles constituent un stock matériel agencé considérable qui, malgré ses potentiels, rencontre des difficultés à trouver un nouveau souffle ; en cause, les coûts élevés de son entretien (concierge, parc classé, etc.) et des rénovations des espaces communs (mise aux normes, etc.).
TOUT
Signal. Les barres modernistes qui émergent du skyline de nos villes témoignent de l’hubris moderniste et de sa croyance rassurante en la toute-puissance de la raison. Elles en sont la trace, le stock à la fois symbolique et métabolique. 
Symbole. Sur le plan symbolique, la ville est considérée comme une sédimentation, un palimpseste (Corboz), une rétention tertiaire (Stiegler), la garante de l’immortalité (Arendt). 
Métabolisme. Sur le plan métabolique, la ville apparaît comme un stock qu’il s’agit de traiter avec soin (mettre en relation les illustrations 01 et 07). Il s’agirait donc aujourd’hui de l’embellir (Caye) et, par-là, d’en pérenniser les agencements existants par des interventions modestes et pragmatiques.
Embellissement. Tenant compte de l’environnement moderniste très confortable (parc à proximité, terrains de tennis, transports en commun, points vélo, etc. - cf. illustration 06), du coût écologique des déplacements de matière, du potentiel relationnel de cet édifice, etc., il s’agit de trouver des stratégies pour compenser son coût financier important (cf. ci-dessus). Sous cet angle, ce projet prend ici un éclairage nouveau. Il ne profite pas seulement à son propriétaire, mais à l’ensemble des co-propriétaires, du commun et de la ville, ainsi indirectement embellie, élevant, par là même, ce projet à la dignité d’une stratégie opérante !​​​​​​​
MONDE​​​​​​​
Contexte. « Nous transformons la Terre tel qu’aucun autre évènement cosmique, tellurique ou géologique ne l’a fait de manière aussi brutale depuis des millions d’années. » (Carpentier & Lorius, 2010). Les villes sont aujourd’hui la cause de plus de trois quarts de la consommation mondiale de matières et d’énergie. « Cette consommation s’est fortement intensifiée depuis la seconde moitié du XXe siècle et pourrait encore doubler d’ici 2060 par rapport à 2011. Les matériaux de construction constituent les premières matières consommées par l’humanité après l’eau. Le développement et le renouvellement des villes impliquent une importante extraction de ressources naturelles en grande partie non renouvelables et parfois en situation de raréfaction : à l’échelle mondiale comme le cuivre ou à une échelle locale comme le sable. » (Augiseau, 2019). L’habiter produit donc beaucoup d’inhabitables ! 
Sujet. Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de se rappeler (memento mori cf. ci-dessus) que l’humain n’est pas « possesseur » ou « révélateur », mais créateur et sujet de son état de nature (Moscovici, 1968). Dans ce contexte, l’architecte se doit (1) d’aborder l’architecture sous son angle matériel et (2) de rendre perceptible la dialectique qui s’y joue entre matière et pensée. 
Habiter. Il ne s’agit donc pas, par le choix de son logement, de produire davantage de déplacement de matières, mais bien plutôt de se saisir du stock disponible, de l’embellir afin de lui permettre de poursuivre sa vie. Habiter les stocks se révèle être une position éthique à soutenir. Habitons les stocks !​​​​​​​
  Plans
  Appartement 01 - 2/3
  Appartement 02 - 1/3
© MT4 Architects - Architectural office based in Brussels | Urbanism - Architecture - Design | Donatienne Gillet - Jean-Jacques Jungers
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